Notre frère Karoll, membre de la communauté du Chemin Neuf nous fait découvrir l’abbaye où il est en mission aux Pays-Bas depuis 5 ans.
Quelles sont tes missions dans la communauté du Chemin Neuf ?
Depuis cinq ans, nous vivons avec ma femme et nos trois enfants dans la fraternité de vie à Oosterhout, aux Pays-Bas, dans la magnifique Abbaye Saint-Paul. Avec ma femme Kasia, nous faisons partie de l’équipe nationale de la communauté aux Pays-Bas. Je porte aussi une mission de finances et d’administration en tant qu’économe du pays. Au quotidien, je travaille également dans le jardin de l’abbaye et je m’occupe de différentes petites réparations. Deux autres missions, plus tournées vers l’extérieur, me sont confiées avec d’autres : Brouwen en Bidden (« Brasser et Prier ») et les retraites de week-end en silence basées sur les exercices ignatiens. Nous donnons aussi un coup de main sur d’autres missions — Cana, la mission jeunes, ou l’accueil de groupes à l’abbaye — et nous assurons les services pratiques.
Parle-nous un peu de tes missions
Peut-être est-il bon d’en dire un peu plus sur la mission « Brasser et Prier ». C’est une mission développée par un ancien frère de la communauté, Henk, qui a réuni son hobby du brassage et son désir d’évangéliser. C’est toujours un beau mélange ! Il a développé un système de brassage qui nous permet de brasser 150 litres de bière à la fois. L’idée de cette mission est d’accueillir à l’abbaye des personnes qui ne sont pas seulement chrétiennes — très souvent, beaucoup de participants n’ont aucun lien avec la foi. C’est un atelier où l’on peut facilement inviter tout le monde, car c’est tout simplement une très belle activité ! Brouwen en Bidden est une mission d’une journée. Elle peut accueillir jusqu’à quinze participants, et nous passons la journée ensemble à fabriquer de la bière, à partager un repas, à visiter l’Abbaye Saint-Paul, et à vivre des moments de prière. Nous faisons découvrir la prière ignatienne aux participants, et nous avons aussi beaucoup de temps pour discuter, échanger, et parler de notre foi, de la communauté, et de ce qui se passe à l’Abbaye. Jusqu’à présent, nous avons organisé cinq ateliers par an, et nous travaillons maintenant à en proposer un par mois, car nous voyons un grand intérêt. Nous explorons aussi la possibilité de lancer une production de bière à petite échelle, pour faire connaître davantage l’Abbaye à la communauté locale.
Pour moi, cette mission est personnellement liée à une autre que je porte : assurer l’équilibre de nos finances, entre une grande abbaye et une petite communauté. En même temps, de nombreux groupes et personnes viennent passer du temps ici, et y trouvent Jésus et sa paix. Nous cherchons un bon équilibre — continuer notre mission d’accueil et, en même temps, trouver les moyens de la rendre possible. Il y a sûrement bien des façons d’y parvenir. Lancer une micro-brasserie — ou plutôt une nano-brasserie — est l’une d’elles, et elle me semble très intéressante, car elle s’inscrit dans l’héritage des moines et de l’artisanat, peut engager la communauté locale et ouvrir nos portes à un plus large public. Et puis, j’aime simplement la bonne bière 🙂 Nous prions et discernons le chemin de Dieu dans ce projet. Nous posons maintenant un premier pas en rénovant une salle afin de pouvoir proposer l’atelier plus souvent. De petits commencements, les mains ouvertes, pour voir quelle est la volonté de Dieu pour cette mission.


Comment tu vis la fraternité dans ta mission au quotidien ?
Il y a différents moments — de travail, de loisir, de prière ou de partage. Chacun d’eux contribue à nourrir notre vie fraternelle. Parfois, nous aspirons à être super efficaces, et nous pouvons oublier que la vie fraternelle est le bon terreau pour que les missions puissent grandir. La mission Brouwen en Bidden ne serait pas possible sans ce contexte fraternel. Pour moi, le premier but de cette mission est de pouvoir être témoins de la joie que nous avons trouvée en Jésus et, à travers lui, dans notre vie fraternelle. Je prends beaucoup de plaisir à porter cette mission avec mes frères, et c’est aussi un lieu où nous pouvons partager plus profondément nos vies. Les gens ne cherchent pas aujourd’hui de grands mots ou des enseignements, mais de la fraternité, de la communauté et du partage. Et cela, nous ne pouvons pas le partager si nous ne le vivons pas nous-mêmes entre nous.
Qu’est-ce qu’elle t’apporte ?
La vie fraternelle m’aide à tenir dans les moments de doute et de crise, et elle m’aide aussi à découvrir davantage le grand amour de Dieu pour moi. C’est aussi pour moi un lieu pour donner ma vie, au service de mes frères et sœurs, et de toutes les personnes qui viennent visiter l’abbaye, dans leur chemin à la recherche de Jésus. C’est un grand honneur de voir comment Dieu accomplit son œuvre dans nos vies et dans celles des personnes qui viennent ici.



Quand et comment te reposes-tu sur tes frères et sœurs de communauté ?
Ce sont très souvent des moments tout simples, bien souvent juste la possibilité de parler et de partager ce que je porte. Parfois, c’est une promenade autour de l’abbaye avec mon frère, parfois c’est un café ou une bière que nous prenons ensemble, et nous partageons simplement nos difficultés, mais aussi nos désirs et nos rêves. Parfois en faisant quelques réparations ensemble, ou en brassant une cuvée de bière pour la communauté. Je pense qu’en tant qu’hommes, il est nécessaire d’avoir un espace pour travailler ensemble ; cela apporte beaucoup de joie et nourrit notre fraternité. Ce qui me donne aussi un espace pour respirer, c’est de savoir que je n’ai pas besoin d’être parfait, que je peux faire des erreurs, et que nous avons le temps de demander pardon et de nous réconcilier. Ces moments sont très précieux.
Quelles peuvent être les exigences dans la fraternité pour porter une mission ?
Le plus important dans la mission est, me semble-t-il, le lieu de la relecture. Si nous pouvons partager honnêtement ce qui a marché et ce qui n’a pas marché, cela peut nous aider à ne pas investir notre temps et notre énergie (et notre argent) dans des œuvres pour Dieu, mais à chercher Ses œuvres. Un autre aspect est la fraternité. Je pense qu’il est bon de se demander l’un à l’autre : est-ce que cette mission aide mon cœur à vivre pleinement ? Est-ce que je porte une joie dans ce que je fais ? Parfois, il y a des moments où il faut persévérer fidèlement, mais sans joie, aucune mission ne serait complète. Les apôtres avaient sûrement beaucoup de joie à marcher aux côtés de Jésus, même si c’était très souvent exigeant. Le lieu de la réconciliation dans la mission est aussi très important. Chacun de nous devrait être prêt à demander pardon et à reconnaître son erreur ou son péché. De cette façon, nous pouvons nous porter les uns les autres avec nos faiblesses, et cela donne beaucoup de force.